Une écoute qui fait écho

Quand j’ai entendu à la radio Hélène Perlant présenter son dernier livre Le Déni*, j’ai dressé l’oreille. Quelques semaines plus tard, à la fin de La Grande Librairie du 6 mai 2026, Katherine Pancol témoignait avec courage du viol qu’elle avait subi à douze ans. J’étais alors en train de lire Le Déni.

Le sujet du déni des mères dans l’inceste et les violences faites aux enfants m’intéresse particulièrement et traverse mes romans. Par petites touches dans Cerise au Soleil, plus fortement dans Libérer les Secrets, et plus clairement encore dans mon prochain roman.

Dans Libérer les Secrets, Mélanie découvre que son mari a abusé de son fils. Elle n’a rien vu et s’effondre. Mais elle choisit d’assumer sa part dans ce drame. On la retrouvera dans mon prochain roman qui paraîtra fin juin 2026.

Dans le témoignage de Katherine Pancol, sa mère lui demande de présenter des excuses à son agresseur et la mère de celui-ci soutient son fils. Là encore, la victime est niée. Une double peine.

Le regard absent des mères

Dans Le Déni, Hélène Perlant touche à un tabou rarement abordé : le déni des mères.

« Mais avec tout cela, Maman, tu n’as rien vu ? » (p. 40)

Elle analyse le système Bétharram et les mécanismes du déni qui permettent à la perversion de s’installer et de durer.

« (…) le regard absent n’est pas une omission, il est une composante active. La mère n’est pas hors champ ; elle est dans la pièce, dans la maison, parfois à quelques mètres. C’est sa présence qui garantit l’irréalité du réel, le maintien du fantasme malgré la réalité du crime. » (p. 52)

Elle décortique aussi le mécanisme de l’aveuglement des témoins et principalement celui des mères avec beaucoup de sincérité et de finesse.

Hélène Perlant témoigne aussi de son propre chemin pour sortir du déni et c’est en cela que son essai est courageux et sincère. Ses analyses sont sans concession pour les agresseurs, nettes mais aussi respectueuses pour les mères à qui elle montre un chemin pour en sortir.

Une ouverture pour que les femmes assument leur part dans ce système pervers et puissent peu à peu en sortir. Alors, elles pourront protéger les enfants et oser vivre.

Quand la vie rejaillit après le déni

Les dernières phrases de ce livre ouvrent à quelque chose de plus vaste :

« Un jour, une faille, infime. On ne sait même pas où elle a commencé. Elle court, elle gagne. Une drôle de génération laisse s’effondrer les structures rigides et se redécouvre, étonnée, de l’autre côté. Sans miroir où se refléter. Sans film. Sans livres. Sans rien qui puisse donner un équivalent de ce qu’elle vient de faire. Le réel s’élargit, simplement, parce que plus rien ne le garde. Il n’y a plus de gardiens du déni. À leur place, une immense complicité née au milieu du désastre. Et avec elle, le champ des réalisations possibles où l’on commence à peine à se projeter, et où affleure, enfin visible, ce qu’on portait en nous, intact et inédit. » (p. 260)

Je ne suis ni agrégée de lettres ni philosophe. Mais à ma façon, dans mes romans, j’essaie de montrer les ravages du déni sur les victimes, sur les mères lorsqu’elles déchirent enfin ce voile, mais aussi comment la vie peut rejaillir après l’effondrement.

Ce livre m’a rejointe par sa profondeur d’analyse et par les possibles qu’il ouvre.

*Le Déni d’Hélène Perlant – éditions Michel Lafon – mars 2026

 

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