Trois mots qui m’interpellent en découvrant le titre de la nouvelle exposition du musée départemental Albert-Kahn, Choisir la paix : le combat d’Albert Kahn.

Ils disent que la paix ne va pas de soi. Qu’elle découle d’une volonté, d’un engagement, d’actes que nous décidons de poser.

Présente lors de l’inauguration, je reviens deux jours plus tard, à l’occasion de la présentation aux Amis du Musée Albert-Kahn de la tapisserie de Laurence Aëgerter.

Au fil de ces visites, j’entre progressivement dans cette exposition foisonnante. Je m’arrête devant des images, des documents, des œuvres qui me saisissent ou m’apaisent. Je redécouvre avec plus d’intensité la détermination avec laquelle Albert Kahn a donné corps à ses convictions.

Albert Kahn, la paix comme engagement

Dès l’entrée, un tableau d’Édouard Detaille me saisit : Fantassins dans un chemin creux. La réalité de la mort plutôt qu’une vision héroïque de la guerre.

Tableau Fantassins dans un chemin creux d'Édouard Detaille, représentant des soldats au combat. Choisir la Paix : le combat d'Albert Kahn

En parcourant les salles, la diversité des moyens qu’Albert Kahn utilise au service de ses convictions m’impressionne : fondations philanthropiques, œuvres de bienfaisance, rencontres et échanges avec des personnalités engagées pour la paix.

Derrière ces initiatives, une certitude l’habite : la justice, le droit, la connaissance et le dialogue entre les nations sont les conditions d’une paix durable.

Un engagement pacifiste construit au fil des événements qui marquent son époque, de la guerre franco-allemande de 1870 à la Première Guerre mondiale, puis à l’approche d’un nouveau conflit.

Il défend également l’idée d’organismes supranationaux capables de contribuer à la reconstruction de l’Europe et à la prévention de nouvelles guerres.

Devant ces témoignages, je ne peux m’empêcher de penser à ces femmes et ces hommes qui, aujourd’hui, documentent les crimes contre l’humanité pour que la justice internationale puisse s’en saisir. À toutes celles et ceux qui, sans relâche, cherchent à ouvrir, aujourd’hui, des voies possibles vers la paix.

Je mesure combien ce combat exige de constance, de détermination, mais aussi de clarté intérieure et de vigilance sur ce qui contribue à construire la paix, même lorsque tout semble aller à son encontre.

Construire la paix exige de veiller et d’agir.

Ruiné par la crise de 1929, Albert Kahn meurt en 1940, alors que l’Europe est de nouveau en guerre.

Sa persévérance dans l’engagement, malgré les désillusions et les bouleversements de son époque, m’émeut. Quel parcours de vie !

Je traverse l’exposition, m’arrêtant devant certains autochromes ou films.

Les Archives de la Planète : connaître pour mieux comprendre

Je connais Les Archives de la Planète depuis plus de 40 ans et je ne cesse de les redécouvrir. Un siècle plus tard, leur actualité m’étonne toujours autant.

Les photographies et les films réalisés dans de nombreux pays témoignent de la vie de femmes et d’hommes de différents continents, de la diversité de leurs cultures, de leurs traditions et de leurs expressions artistiques.

Mais au-delà des différences, on y découvre aussi des scènes du quotidien qui nous sont familières et communes.

Devant ces images, je suis frappée par ce qui nous rapproche, au-delà de nos différences. Et je me demande si ce n’est pas là que commence le dialogue.

Ma déambulation dans cette exposition se vit aussi comme une méditation alimentée par ce que je découvre.

En dirigeable sur les Champs de bataille : ne pas oublier

Les Archives de la Planète témoignent aussi de ce que les hommes sont capables de détruire.

Je m’installe devant le film En dirigeable sur les Champs de bataille*. Je me laisse imprégner par ces images.

En août 1919, Lucien Le Saint filme depuis un dirigeable les ravages de la Première Guerre mondiale, qui vient de s’achever. À faible altitude, il survole l’ancienne ligne de front, de la mer du Nord à la Champagne.

L’étendue des destructions me bouleverse. Des maisons éventrées, des villages en ruines, des paysages dévastés… mais aussi des passants, des habitants qui nettoient, déblayent ou marchent à travers les décombres.

C’est glaçant.

Impossible de ne pas penser à l’Ukraine, à Gaza, à la Syrie, au Liban et à tous les pays où la guerre détruit encore des vies.

Derrière les destructions, il y a toujours des existences à reconstruire.

Je me dirige sans m’arrêter vers la dernière œuvre, créée spécialement pour cette exposition.

Pas vers la paix, une œuvre qui se prolonge dans le jardin

L’exposition s’achève devant les trois tapisseries de Laurence Aëgerter, Pas vers la paix (Steps in Peace)**.

Après les images des destructions de la guerre et le parcours des engagements d’Albert Kahn, cette œuvre me fait vivre une expérience bien différente.

Accrochées face au jardin du musée, les trois tapisseries semblent se prolonger dans la nature qui s’offre au regard de l’autre côté des vitres.

L’œuvre représente des nénuphares flottant sur un bassin, reliés par des racines qui dessinent les contours des continents. Le planisphère est vu depuis le pôle Nord, ce qui déplace notre regard occidental habituel sur le monde.

Les couleurs m’apaisent : les bleus, les verts à la fois vifs et doux, les feuilles de nénuphares posées sur l’eau. Un fil cuivré traverse les trois panneaux et relie les continents.

Plus je regarde, plus je ressens la paix de ce jardin qui se prolonge dans la tapisserie, ou peut-être l’inverse.

Le calme de l’eau, le chatoiement des couleurs sous la lumière changeante, les reflets sur les fils. La matière même du tissage, ses longs points verticaux, donnent à l’œuvre une profondeur et une puissance inattendues.

Une paix intérieure m’envahit. Mon cœur s’agrandit.

Une paix qui part de moi et qui va plus loin que moi.

Sur les panneaux, des inscriptions accompagnent cette invitation :

Peace is every step, The shining red sun is my heart, Peace in every step.

Fleurs de guerre : la force de la vie et la mémoire

En sortant de l’exposition, le souvenir de Fleurs de guerre, de l’artiste 1011 s’impose à moi. Une exposition qui m’a impressionnée en 2025, au sens propre : elle s’est imprimée en moi.

À partir des photographies des paysages dévastés par la Première Guerre mondiale, conservées dans Les Archives de la Planète, l’artiste s’est intéressé à la polémoflore, ces plantes dont les graines ont voyagé avec les soldats et les véhicules militaires avant de prendre racine sur les champs de bataille. Ses dessins botaniques, associés aux noms de soldats morts en Lorraine, rendaient hommage à ces hommes.

Fleurs de guerre célébrait la force de la vie qui resurgit même dans les lieux les plus improbables.

Choisir la paix, aujourd’hui

Dans cette période de profondes tensions internationales, je vous invite à découvrir Choisir la paix : le combat d’Albert Kahn.

Non seulement pour mieux connaître cet homme et son engagement, mais aussi pour puiser dans son parcours le courage et la détermination de ceux qui, hier comme aujourd’hui, ne renoncent pas à construire la paix.

Nous n’avons pas tous les moyens dont disposait Albert Kahn. Mais chacun, là où il se trouve, peut contribuer à ce combat.

Cette exposition ne se referme pas lorsque je quitte le musée. Elle continue de m’accompagner et je sais que j’y reviendrai.

*Œuvre numérisée avec l’aide des Amis du Musée Albert Kahn, association dont je suis membre, depuis plusieurs années
**L’association des Amis du Musée Albert-Kahn a également apporté son soutien à la réalisation de cette œuvre.
***Exposition présentée au musée Albert-Kahn du 4 novembre 2025 au 15 mars 2026.

Photographies personnelles prises au musée départemental Albert-Kahn :
– Édouard Detaille, Fantassins dans un chemin creux.
– Laurence Aëgerter, Pas vers la paix (Steps in Peace), trois tapisseries.

Informations pratiques
Choisir la paix : le combat d’Albert Kahn (1860-1940)
Du 13 octobre 2026 au 13 juin 2027.
Musée départemental Albert-Kahn
2, rue du Port – 92100 Boulogne-Billancourt
Site du musée départemental Albert-Kahn