Je regardais déjà autrement sans le savoir

Depuis toujours, je me suis sentie différente.
On me parlait souvent de mon regard, cela m’agaçait…
Je ne comprenais pas pourquoi.

Et puis, j’ai appris à vivre avec ce sentiment d’incompréhension…
Mon premier blog professionnel date de 2012.
Les messages de mes lecteurs et clients revenaient souvent sur cette idée : « Vous avez une façon différente de présenter les choses, c’est intéressant… », « Continuez… », « Le choix de vos angles est pertinent et aide à réfléchir… ».

Le logo qui me représentait alors était une paire de lunettes rouges. C’était venu comme ça, en échangeant avec le prestataire de mon site internet.

Je parlais déjà du regard sans le savoir.


C’est souvent comme cela dans ma vie. Je pose des actes importants sans toujours savoir pourquoi.

Et puis, quelques années plus tard, j’ai publié mon premier roman.
Pour mon site web de romancière, j’ai repris le logo des lunettes en changeant la couleur : bleu. 
C’était une évidence.

Et ce logo s’est retrouvé sur le dos des couvertures de mes romans. Là encore, sans que je sache vraiment pourquoi.

Je posais les bases de ce qui définissait mes histoires et ne m’en rendais pas compte.

J’ai appris à regarder à travers mes personnages

En écrivant mes romans, j’ai appris à regarder le monde à travers les yeux de mes personnages.
Peu à peu, j’ai compris combien c’était important pour leur crédibilité.

Pour inscrire mes personnages dans un contexte, j’ai toujours effectué des recherches.

Les premières émissions de La Grande Librairie visionnées sur YouTube correspondaient aux années pendant lesquelles évoluait Esperanza dans Cerise au Soleil. Je cherchais à restituer une époque, mais aussi à imaginer comment Esperanza aurait pu trouver sa place dans l’une de ces émissions.

Pour Libérer les Secrets et Laisser Entrer la Vie, l’art et les artistes se sont invités dans la construction de mes personnages. J’ai recherché des articles de journaux, des interviews correspondant aux dates auxquelles se déroulaient les récits pour les inscrire dans le réel.

C’est ainsi que j’ai découvert l’exposition The Family of Man, vue en France par Armand au musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Alors qu’il traverse une période difficile avec sa femme, cette exposition le reconnecte à sa passion pour la photographie.

Une artiste que je ne connaissais pas, Lucienne Heuvelmans, première femme à remporter le Grand Prix de Rome de sculpture en 1911, est venue à moi grâce à une lectrice de Cerise au Soleil. Elle ouvre une fenêtre d’espoir à Rosalie qui se désole devant son avenir.


Peu à peu, mes personnages s’incarnaient dans un lieu, une époque.

Il m’a fallu cinq romans pour comprendre comment j’écrivais

Au début de ce cinquième roman, j’accumulais beaucoup d’informations sur le Pakistan. Tout en effectuant ces recherches, je commençais à écrire. Après plusieurs mois d’écriture, j’ai relu ces premiers chapitres et je me suis ennuyée…

Alors j’ai repris ces pages autrement. Et j’ai compris ce qui ne fonctionnait pas.

J’avais besoin d’un temps d’engendrement
pour écouter mes personnages me raconter ce qu’ils voyaient.

Ce que j’avais recueilli devait avoir le temps d’infuser avant de passer par le regard de Victor ou de Mélanie.

En m’interrogeant sur ce que signifiait le regard dans mon écriture, j’ai compris que le regard de Victor sur le monde le définissait. Dans La Vie en Filigrane, il regarde sa mère, mais aussi Paul de Cordon ou ses amis. À travers son objectif, il découvre le Pakistan, puis New York.

J’ai compris que je n’écrivais jamais le monde tel qu’il est. J’écris toujours le monde tel que mes personnages le regardent.

Mais cela ne me suffisait pas. Il y avait autre chose encore avec le regard de mes personnages.

Quand le regard transforme mes personnages

Au musée Rodin, Victor découvre le nu autrement grâce à la présence de Rosalie.

Mélanie parvient peu à peu à relire son histoire grâce à Xavier et à sortir de la culpabilité qui l’enfermait.

Dans Laisser Entrer la Vie, sa rencontre avec Claude permet à Hélène d’envisager sa propre vie différemment et d’oser s’affranchir.

J’ai alors compris que le regard, dans mes romans, ne servait pas seulement à montrer le monde à travers mes personnages. Changer de regard participe aussi à leur transformation intérieure.

Je regardais moi-même autrement sans le savoir

Et pourtant, je n’avais pas encore fait le lien avec moi : regarder autrement.

Lorsque j’ai retravaillé ma couverture et certaines pages de mon site pour la sortie de La Vie en Filigrane, j’ai choisi presque spontanément une nouvelle signature pour la collection Artista :

« Regarder autrement ».

Il m’a fallu du temps pour comprendre tout ce que ces deux mots racontaient de mon écriture.

Voilà ce qui m’habite quand je vous raconte mes histoires.

Et peut-être qu’en refermant l’un de mes romans, vous aurez, vous aussi, posé un instant de nouvelles lunettes sur votre nez.

Celles que mes personnages vous auront prêtées le temps d’une histoire.

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